Méthode FALC : n’oubliez pas la relecture de vos documents !

Qu’est-ce qui fait qu’un document est FALC ?

Il y a d’abord le respect d’une certaine méthode d’écriture et de présentation, bien sûr, mais pas seulement. Pour que la démarche soit complète, le document doit passer par une relecture. Votre FALC doit être lu, compris et validé par des « vérificateurs » : des lecteurs et lectrices en situation de handicap intellectuel. Ces personnes constituent votre public réel, les destinataires finaux de votre document, il est donc normal qu’elles prennent part au processus ! Comment se passe cette relecture, en quoi consiste leur travail, qui sont ces « vérificateurs » du FALC ? Illustration en portraits. 

Comment rendre un document accessible aux personnes en situation de handicap ?

On utilise la méthode FALC (Facile à Lire et à Comprendre) pour simplifier un document au point qu’il soit accessible à tous les publics, y compris des personnes avec de lourdes difficultés d’accès à la lecture. En particulier les personnes en situation de handicap intellectuel.

Rappel express : les 5 piliers de la méthode FALC

Cette méthode FALC réunit un ensemble de règles qui guident l’écriture ou la réécriture d’un document. (Nous en parlons souvent ici, dans cet article sur l’origine du FALC ou sur notre page dédiée).

Vous pouvez notamment retenir 5 grands principes pour créer ou adapter un document en Facile à Lire et à Comprendre :

–       le lexique : utiliser des mots connus et définir les mots compliqués (pour trouver rapidement des définitions FALC, consultez le dictionnaire en ligne participatif Falc-able) ;

–       la syntaxe : faire des phrases courtes (sujet, verbe, complément : on simplifie au maximum la structure du langage)  ;

–       la sémantique : renforcer le sens des mots par une illustration visuelle (pictogrammes). (Pour bien choisir vos pictogrammes FALC, consultez notre guide ici).

–       la structure et la présentation : trier et organiser les idées, choisir une police et une taille de caractères adaptée, aérer la lecture, etc. ;

–       la validation par des personnes en situation de handicap mental.

C’est cette dernière étape qui vous permet par la suite d’apposer le petit logo du FALC à votre document.

Logo fu FALC

La démarche est importante, bien sûr, la volonté de simplifier vos documents complexes, de rendre accessibles vos courriers, vos communications : c’est déjà un pas considérable vers vos publics. Mais sans relecture, pas de FALC. Malgré la qualité de votre adaptation, il ne faut pas perdre de vue votre public ! 

Par qui fait-on relire un document FALC ?

Dans la plupart des cas, la relecture se fait en coordination avec des établissements et services d’aide par le travail (ESAT). 

Qu’est-ce qu’un ESAT ?

L’ESAT est une structure médico-sociale. On y accueille des personnes en situation de handicap intellectuel et/ou physique (parfois spécifiquement psychique), qui ne pourraient pas travailler dans une entreprise « ordinaire ». En ESAT, ces personnes ont un métier et bénéficient d’un suivi médical, social, d’un suivi éducatif, de formations professionnelles, etc.

Les travailleurs y viennent pour la journée ou résident sur place, dans un foyer spécialement rattaché à l’ESAT.

Quel rapport entre FALC et ESAT ?

Ces deux acronymes (des initiales qu’on prononce comme un mot normal) sont très liés.

D’abord, quand les règles du FALC ont été posées en 2009, elles visaient en priorité les personnes en situation de handicap intellectuel. L’idée étant que ces règles d’écriture et de mise en page servent également au plus grand nombre (en incluant notamment les personnes dont le français n’est pas la langue maternelle et d’autres ayant des difficultés de lecture). 

Si ces établissements et leur public sont logiquement les premiers concernés, tous ne sont pas encore passés au FALC. Mais une grande majorité forme aujourd’hui les conseillers, encadrants et parfois jusqu’aux postes de direction, à créer des documents internes faciles à lire et à comprendre.

Certains Esat proposent même des prestations de transcription-adaptation FALC pour des demandes extérieures.

Qui sont les relecteurs et relectrices du FALC en Esat ?

Les personnes qui relisent et valident les documents FALC doivent avoir déjà eu un contact avec la lecture. Ce ne sont pas forcément de grands lecteurs ou lectrices, pourtant ils et elles se portent volontaires pour effectuer ces heures de travail…

Pourquoi cet intérêt, quand on n’est pas adepte du texte en général ?

« On a des panels de volontaires de 18 à 52 ans », explique Damien Durand, conseiller en Économie Sociale Familiale à l’ESAT Les Ateliers de Jemmapes (Paris). « Quand on reçoit l’appel à projet d’un musée qui voudrait faire relire son livret d’exposition, nos volontaires viennent parce que le sujet les intéresse. Quand c’est une relecture du projet d’établissement (c’est beaucoup moins captivant), ils viennent parce que c’est un travail collectif et qu’ils participent au bien-être de leur établissement. »

Par ailleurs, ajoute Damien Durant : « c’est un travail qui peut être long et difficile pour eux, mais qui les valorise. Surtout quand ce sont des profils qui se sentent en marge sur la lecture et l’écriture. Ça leur montre – et ça montre aux autres – qu’ils y arrivent bien aussi. »

La lecture… Pas toujours un plaisir, comme tout le monde !

Il n’y a pas que les travailleurs et travailleurs en Esat qui boudent la lecture. Les Français lisent de moins en moins, et chez les jeunes, c’est 1 personne sur 5 qui ne lit pas du tout. À l’image du reste de la population, certains « vérificateurs » de FALC prennent plaisir à lire (lentement) des romans, et d’autres beaucoup moins…

 

 

Shaïma - relectrice FALC à l'ESAT Lucie Nouet
Shaïma, Esat Lucie Nouet (Vélizy- Villacoublay)

 

« Je lis le « 20 Minutes », ça m’intéresse de savoir ce qui se passe dans le monde. Mais il y a souvent des mots que je ne vais pas comprendre. »

Sonia - Relecture FALC ESAT Jemmapes
Sonia, Esat Les Ateliers de Jemmapes (Paris)

 

 

« Je regarde les réseaux sociaux sur mon téléphone. »

 

 

 

Hamida, Esat Les Ateliers de Jemmapes

 

 

 

 

« Je n’aime pas lire de livre, il y a trop de texte ! Et dans les BD, le texte est trop petit. »

 

Comment se passe une séance de relecture FALC ?

Les ateliers de relecture sont encadrés et limités à un temps assez court. Souvent une heure, deux tout au plus, avec une distribution sur plusieurs journées si le document est conséquent.

 

Nicolas - Relecteur à l'ESAT Jemmapes à Paris
Nicolas, Esat Les Ateliers de Jemmapes (Paris)

« Des fois, on est dans une salle avec le livret et on le lit chacun de notre coté, avant de tout mettre en commun. Ou alors, une personne nous le présente et on dit si on comprend. Des fois, ont fait ça sur un ordinateur. Ou alors, on est directement dans le lieu et on fait le test du chemin de visite, en réel, dans le musée. On regarde ou sont les flèches ou les panneaux pour vérifier si on les voit et si on les comprend bien sur le livret. »

Dépasser la honte

« L’encadrement consiste souvent à soutenir les volontaires pour qu’ils ne disent pas « oui, oui » quand ils ne sont pas sûrs. Ça arrive souvent, dans des sessions relecture à plusieurs : les uns avancent et les autres se disent « je n’ai pas compris mais j’ai trop honte, je ne vais rien dire. » On reformule les questions et les consignes ensemble, on recontextualise quand il y a besoin. ».

Claudia - Relectrice de documents en FALC à l'ESAT Lucie Nouet
Claudia, Esat Lucie Nouet (Vélizy-Villacoublay)

 

« Il y a des documents qui restent très difficiles à comprendre, même en FALC. C’est plus simple avec un dessin, au moins, on peut se projeter un peu.»

Sensation partagée par d’autres relectrices : on se lasse plus vite quand il y a des pages entières de texte. « Pour nos lecteurs, ce sont les choses moins concrètes qui sont plus compliquées à saisir », poursuit Damien Durand. « Les principes, les valeurs, comme la laïcité dans le projet d’établissement : on ne peut pas les illustrer avec un logo ou une image facile, et l’explication ne doit pas être trop longue ou plus complexe que le concept en lui-même. »

Or, cette lassitude qui éloigne de la lecture concerne aussi une grande partie de la population. Si 4 millions de Français adultes ont des difficultés de lecture avec des contenus dits « simples » (1 adulte sur 10), tous les lecteurs ont déjà fait cette expérience de revenir plusieurs fois sur un mot compliqué, un concept qu’ils ne maîtrisent pas. Vous-même vous êtes peut-être déjà dit « bah, tant pis, j’ai à peu près saisi le sens global », quand on mot vous a échappé… avant de poursuivre votre lecture. Mais « quand on a une déficience intellectuelle ou un trouble d’apprentissage, on a encore plus de mal à se projeter, à percevoir le concept. Et ces difficultés font que très vite, on arrête. Et ne veut plus du tout lire. »

Quels sont les bienfaits du FALC pour les relecteurs ?

D’abord, il y a l’enthousiasme. Le plaisir de participer à une activité différente et qui valorise les capacités intellectuelles.

Cyril - Vérificateur FALC à l'ESAT Jemmapes
Cyril, Esat Les Ateliers de Jemmapes (Paris)

 

« On apprend plein de choses, des mots, des sujets de musée. Ça aide à comprendre, à mieux lire ».

Nos relecteurs et relectrices mentionnent aussi un regain de confiance, au point parfois d’endosser un rôle d’assistance au sein de l’Esat. « Je vais plus souvent essayer d’aider les collègues quand ils ne comprennent pas. Ou je les envoie vers le moniteur ou la conseillère », sourit Claudia, à l’Esat Lucie Nouet.

Les ateliers leur apportent enfin une plus grande autonomie au quotidien : « ça aide à lire certains courriers, par exemple. On regarde d’abord le logo, pour savoir de qui ça vient. Ça aide à lire les infos pratiques, les horaires à la gare, reconnaître les places qui sont réservées dans le train… ».

Reste à démocratiser la pratique car, comme le déplorent les encadrants, « nos résidents arrivent encore très souvent avec un courrier en nous disant « oh-là, j’ai rien compris ! ». Beaucoup d’organismes essaient d’améliorer leur accessibilité… sur leur site internet ! Mais ils ne le font pas encore dans leur courrier. »

Com-access coordonne la relecture FALC pour vous si vous n’avez pas accès à un public qualifié pour ce travail.


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